RES : Retour aux origines

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur whatsapp

1. Chapitre 1 : la chose

1.1. Au panthéon du modélisme

Que restera-t-il de l’aéromodélisme quand tout aura disparu, quand le ciel aura été vidé des oiseaux par les uns et des modèles réduits par les autres, quand seuls circuleront au-dessus de nos têtes des drônes imbéciles remplis de bibelots chinois acheminés par des multinationales américaines, quand le carbone et l’époxy seront interdits d’usage et réservés aux seuls militaires, quand la détention d’une radiocommande “ancien modéle” dépassant les 200 mètres de portée constituera un crime passible de prison ?
Ce jour là, il ne restera qu’une chose de notre loisir : le RES.

Capture d’écran 2020-03-01 à 15.07.27

 

andREaS – planeur RES de 1900mm (490g)

Quand la chair de la pomme aura été grignotée par l’élite et sa peau jetée aux cochons, alors ne restera que le trognon et l’attache qui reliait le fruit à un arbre de la Connaissance abattu par des secrétaires d’État blanchâtres et des gradés de l’arrière. Et ce trognon ce sera le RES. Dans notre malheur nous n’aurons plus qu’un motif de réjouissance : c’est dans le trognon que sont les graines, nommées tragiquement pour l’instant les pépins.

Au moment de la deuxième fin de l’aéromodélisme, je veux dire l’amnésie après l’extinction, le RES sera notre possible recommencement. Et le sigle deviendra un mot, RES, qui en Latin signifiait la Chose. Au cours des âges, la somme inouïe de connaissance concentrée dans ce geste aussi pur et aussi primitivement génial que le tir à l’arc fera de cet ancien loisir un Art réservé aux Prêtres et à certains Grands Initiés. Seul le RES perdurera quand tout aura sombré. Pour nous résumer disons simplement que le RES est un sacré truc.

1.2. Du mythe à la réalité.

Revenons à notre pauvre quotidien.
Loin des sophistications électronico-carbonées, le RES se contente de peu : un tube élastique, un fil, un planeur radiocommandé, et un champ. Ou peut-être un chant. Le tube mesurera quinze mètres, le fil en fera cent, le planeur deux, et le champ sera vaste et dégagé. L’officiant assurera l’extrémité de l’élastique à un pieu bravement planté en terre en amont dans le lit du vent, il accrochera le planeur au bout du fil déployé et tendra l’élastique d’environ trois fois sa longueur. Au lâcher du planeur, l’énergie emmagasinée lui permettra de monter sans vent jusqu’à 50 mètres et avec une légère brise d’atteindre les 90. L’anneau du fil se sépare du planeur puisque ce dernier avance, et le tour est joué, du moins en apparence.J’en vois qui sont restés dans leur véhicule et qui rient entre eux en buvant des bières :

Bobine Elastique

« Voilà qu’il nous fait le coup du lancé à l’élastique, on a tous fait ça quand on débutait, ça montait à vingt mètres, on faisait un tour et on posait. Si ça se trouve c’est du deux axes ! »
Vous ne croyez pas si bien dire, c’est en effet du deux axes, c’est même de là que provient le sigle RES (nous y voilà enfin) : Rudder, Elevator, Spoiler, c’est à dire Direction, profondeur, aérofreins. Pour le reste vous avez tout faux.

Rien de ce que vous avez connu ne ressemble au RES.D’abord la gomme. Finis ces élastiques de bâches de camions ou de saut en hauteur qui vous arrachaient le planeur des mains et qui se détendaient en trois secondes. Les élastiques sont désormais des tubes extraordinaires capables de restituer l’énergie jusqu’aux derniers centimètres.
Et les planeurs…Rien à voir avec les enclumes de votre jeunesse. Le Professeur Drela est passé par là et nos planeurs de 400 grammes avancent encore dans du 15 à l’heure.

Les juristes dressent l’oreille : « 400 grammes, cela nous dispense de l’immatriculation ».
En effet les amis, les RES passent pour l’instant sous les radars. Ca n’en fait pas pour autant des engins adaptés à la suppression de centrales nucléaires. Il y a mieux pour cet exercice, les multicoptères par exemple.

X-RES de Alois Janowetz

 

Le X-RES de Alois Janowetz, 2000mm d’envergure (420g)

Je parlais des planeurs avant d’être interrompu. Il est temps de rendre hommage à ceux de nos collègues aéromodélistes d’Outre-Rhin qui inventèrent la formule. Gavés (peut-être plus encore que nous) d’ailes creuses carbone, de moteurs de 100 centimètres cubes, de radios à 1500 balles ou de gyroscopes, ils décidèrent de dire stop et de se mettre à cultiver l’authentique comme disait Jean de Florette.

C’est ainsi qu’ils (ré) inventèrent le deux axes, volontairement tout bois ou presque (seuls les longerons peuvent être en fibre), dans un souci de rigoureuse simplicité. Qu’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agit pas là d’un retour à la bougie et au cheval de labour, c’est au contraire dans cette révolution nue qu’il faut voir la véritable intelligence. Le RES est un pèlerinage vers nos origines et une réelle thérapie pour nos âmes encombrées. Dépouillé comme un haiku il nous réapprend l’émerveillement des débuts. Car après tout, de quoi s’agit-il ? Il s’agit de poser dans l’air des engins volants faits de nos mains et simplement destinés à donner une valeur supplémentaire au silence.

1.3. Une discipline

Après vous avoir dit que ces planeurs sont simples mais perfectionnés, je peux aussi vous expliquer que la règle du jeu est de faire un vol de six minutes à l’intérieur d’un temps de travail de neuf, que le temps de vol au-delà de ces six minutes n’est pas rédhibitoire et qu’il vous sera pardonné, je peux vous citer tous les détails de l’exercice, le décompte compliqué des points d’atterrissage, mais quelle importance ?

Tiens, je préfère vous parler de ce qu’ont fait du RES les états-uniens. Plus joueurs que les germaniques, ils ont inventé une sous-catégorie nommée Hiss’n Boïnk. Votre planeur atterrit en glissant (Hiss…) et vous êtes gratifié de nombreux points, et s’il poirotte (Boïnk!) vous êtes amicalement blâmé. Encore une couche d’intelligence : à la magie du vol s’ajoute la magie du poser.

1.4. D’un club

C’est l’histoire de la rencontre d’un de ces planeurs, l’AndREaS, de la maison Hollein (pub) et d’un club sudiste.

Tout a commencé un Dimanche matin par la démonstration à l’élastique d’une aile volante Dart-RES. Efficace comme un sourire, légère comme un haussement d’épaules, construite de surcroît par un authentique luthier, ce qui ne gâche rien, voilà que cette bizarrerie venait mettre à mal nos vieilles certitudes sur les ailes volantes.

La simplicité de l’exercice et le plaisir qu’y prenait l’exécutant nous laissèrent pantois.
Les nuits qui suivirent furent assurément fructueuses pour certains car en moins d’une semaine chacun recevait dans sa messagerie tout ce qu’il faut savoir sur la Chose. Et cela tombait au bon moment car nous étions alors à la recherche d’un projet collectif.

Capture d’écran 2020-03-01 à 15.10.13

Les modélistes réfléchissent vite : L’AndREaS fut rapidement choisi, les volontaires levèrent la main, et nous passâmes commande de dix planeurs à Hollein. Le forum carburant à fond, dans l’enthousiasme ambiant nous proposâmes aux Allemands de traduire en français la notice de construction. Ils en furent si satisfaits qu’ils nous donnèrent un onzième planeur!

En parallèle nous nous équipâmes de sandows des plus performants, et depuis, et comme disent les personnes âgées « quand le temps le permet » , nous courons dans la pampa à la recherche du fanion, vite nous allons prendre notre tour pour lancer, nous comparons les trims, les neutres , les compensations et les positions du crochet, nous applaudissons aux beaux gestes comme aux bévues, et nous rions en nous disant que ça fait tellement de bien, et que nous ne sommes malheureusement pas si nombreux à être chanceux de la sorte à la surface de cette planète.

1.5. Une conclusion provisoire

Y a t il des clubs qui pratiquent le RES en France ? Sommes-nous des précurseurs ?

En tout cas, par chez nous, à côté de toutes nos autres activités modélistes sophistiquées il en est assurément une qui tient une place particulière dans notre coeur.

Le RES c’est comme aller prendre les eaux, c’est comme descendre vers la mer par la Nationale 7, c’est faire un pas de côté, c’est choisir un plaisir simple, juste ce dont nous avons tant besoin aujourd’hui.

additif : Le sandow court

Afin de faire avancer la Technique, et dans un but de Progrès de l’Humanité, nous avons mené une campane d’essais suffisamment poussés pour pouvoir dire que ça marche. Ici : petit bonhomme qui sourit bêtement, d’où son nom « émoticône ».

Nous en sommes venus à nous intéresser aux lignes courtes.

Signalons au départ que, quelle que soit la longueur de la ligne (le fil), celle de l’élastique ne varie pas : 15 mètres. Nous avons utilisé un élastique tube jaune en latex de marque Theraband, qui permet un reculement de 40 pas sans forcer et qui rend l’énergie de façon très régulière.

Dans ces conditions, 30 mètres de fil donnent un impeccable sandow « de campagne ». La ligne tendue prête à larguer fait 85 mètres, donc peu d’emprise au sol.

Le crochet de largage devra être positionné au plus en avant.

Sans vent vous monterez à 25 ou 30 mètres, ce qui suffit pour accrocher une bulle au soleil d’une haie ou sur un tas de cailloux, et dès que vous serez dans un air de 10km/h vous atteindrez les 45 mètres avec un décrochement quasiment à la verticale du piquet d’attache.

Cette ligne s’est avérée à l’usage très intéressante pour plusieurs raisons :

– Une plaque de contreplaqué suffit pour servir d’enrouleur, ainsi qu’un piquet torsadé pour l’attache. Je cite ces détails car avec ces deux accessoires plus votre planeur et la radio, vous voilà partis à vélo sur les routes de France à la recherche d’une prairie pour passer la demi-journée. Et c’est du moins de 800gr, en l’air et dans le sac à dos.

– Nos 85 mètres de ligne nous donnent accès à bien des parcelles. Mais attention, il n’est pas question de fouler l’herbe haute avant le fauchage et la récolte, ni même de piétiner les labours. Une astuce : après avoir décidé du sens de votre ligne, vous mesurez les85 mètres à partir du bord et vous plantez votre piquet vers le centre du terrain. Ainsi vous pourrez piloter près de la haie, ce qui abîme moins l’herbe.

– Le dernier point va vous apparaître comme un détail, mais le sandow est un excellent exercice physique : les 40 mètres d’altitude gagnés au lancé ne vous garantiront pas une demi-heure de vol, et vous aurez à aller chercher le fanion « assez souvent ». Courir dans les près, c’est de nos jours la plus saine des activités. Les plus fainéants dresseront leur chien ou leurs petits enfants, s’ils en ont, au rapport du fanion.

Et bonnes vacances !

GB

Autres articles à lire

3 commentaires

  • bonjour
    Voilà certainement une des voies pour dynamiser notre loisir : une pratique à bas coût n’est pas antagonique de grands plaisirs, bien au contraire mais permet de la proposer au plus grand nombre. En économie on appelle ça l’élasticité-prix. Pas besoin d’une machine à 1000 euros pour se faire plaisir. Un autre facteur pourrait contribuer à faire baisser le coût de la pratique : l’équipement radio. Dans les placards de la plupart d’entre nous dort du matériel en 41 mhz : émetteurs, récepteurs (…) Moyennant la vérification de leur bon fonctionnement, on pourrait imaginer que les membres d’un club apportent leur matériel en 41, et que ce faisant l’association mette gratuitement à disposition des nouveaux pratiquants, en particulier des jeunes ce matériel radio. Cela permettrait de proposer aux jeunes une pratique très abordable. En l’échange, on pourrait attendre du jeune (car rien n’est gratuit en ce bas monde) qu’il se construise un RES, avec les conseils des anciens. Cela permettrait de proposer aux nouveau adhérents un “package” particulièrement attrayant sur le plan du coût. Alors qu’une récession économique sans précédent nous attend, l’argument n’est pas à négliger.

    Répondre
  • Bonjour

    Très intéressant cette formule, je me laisserai bien tenter. Pourriez vous indiquer où acheter le caoutchouc et que prendre ? Même question pour le câble ?

    Merci, et bravo pour les articles

    Répondre
  • Bonjour JM

    beaucoup d’infos sur le forum de l’amvh,
    https://amvh.fr/forum/viewtopic.php?f=109&t=3547&start=180

    notemment sur l’élastique
    https://www.hoelleinshop.com/Seta-Rubber-8x4mm-15m-long.htm?shop=hoellein_e&SessionId=&a=article&ProdNr=SETA-HG-8-4-15
    https://www.justathlete.fr/thera-band-reg-tubing-30-5-meter
    https://www.emc-vega.de/de/hochstart/megarubber
    https://www.hyperflight.co.uk/products. … high-start

    pour le câble du fil de pêche nylon de 0.5 est suffisant.

    un ruban de 30cm de rubalise traine moins qu’un parachute

    Guilhem devrait sous peu communiquer son expérience de mise en altitude avec une ligne raccourcie.

    andré

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *